Un proche s’en va, et derrière lui reste tout un pan de vie numérique : des photos sur Facebook, une boîte mail encore active, un abonnement Netflix qui se prélève chaque mois. Cette mort numérique s’invite souvent bien après l’enterrement, quand une facture tombe ou qu’un ami tague le défunt sur une photo. Voici les six catégories de comptes en ligne à traiter en priorité, et comment s’y prendre pour chacune.
Les 6 types de comptes en ligne à ne pas oublier après un décès
Avant de paniquer devant la liste des mots de passe à retrouver, sachez qu’il existe une méthode simple : identifier les comptes actifs, réunir les justificatifs de décès, puis contacter chaque plateforme une par une. Ce sont ces six familles de comptes qui méritent votre attention en premier.
1. Réseaux sociaux (Facebook, Instagram, LinkedIn…)
Facebook, Instagram ou LinkedIn conservent le profil du défunt tel qu’il était, sauf si vous agissez. Sur Facebook, il est possible de demander la transformation en compte commémoratif, une option qui gèle le profil et affiche une mention « en souvenir de » au-dessus du nom. La suppression de compte reste aussi possible, sur simple demande d’un héritier accompagnée d’un acte de décès.
Instagram propose le même principe de commémoration. LinkedIn, lui, ne connaît que la fermeture pure et simple, utile pour éviter les rappels d’anniversaire professionnel qui tombent au mauvais moment.
2. Boîte mail et messageries
La boîte mail est souvent la clé de voûte de tout le reste : mots de passe oubliés, factures, notifications bancaires y transitent. Gmail dispose d’un gestionnaire de compte inactif que le défunt a pu paramétrer de son vivant, désignant un contact légataire numérique qui récupère automatiquement les données après une période d’inactivité. Sans cette anticipation, il faut passer par une demande officielle auprès de Google ou Microsoft, avec justificatifs à l’appui.
WhatsApp et Messenger peuvent être fermés sur simple signalement, mais l’accès aux conversations reste très encadré, pour des raisons de protection des données personnelles.
3. Abonnements payants (streaming, presse, logiciels)
C’est souvent le point qui coûte le plus cher si on l’oublie, à l’image de ces dépenses qui continuent après un décès et sont découvertes trop tard. Netflix, Spotify, Amazon Prime, abonnements presse ou logiciels SaaS continuent de prélever la carte bancaire du défunt tant que personne n’annule. Il faut vérifier les relevés bancaires des mois précédant le décès pour repérer ces abonnements payants récurrents, puis contacter chaque service pour résilier, généralement avec un simple acte de décès à l’appui.
4. Services bancaires et financiers en ligne
Les comptes bancaires en ligne, applications de paiement (PayPal, Lydia) ou plateformes d’épargne doivent être signalés rapidement à la banque, qui bloque alors les comptes en attendant le règlement de la succession. Sachez toutefois que certains prélèvements automatiques peuvent continuer malgré le blocage du compte bancaire. Les services bancaires en ligne exigent souvent un dossier complet avant tout accès des héritiers, notamment un acte de notoriété.
5. Comptes administratifs (impôts, assurance maladie, CAF)
Le site des impôts, l’Assurance Maladie ou la CAF doivent être informés du décès, souvent automatiquement via l’acte transmis par la mairie, mais une vérification manuelle évite les mauvaises surprises. Un remboursement de sécurité sociale versé après le décès peut par exemple devoir être restitué.
6. Stockage cloud et données personnelles
Google Drive, iCloud ou Dropbox renferment souvent des photos et documents précieux pour la famille. Le stockage cloud n’est pas toujours transmissible automatiquement : chaque plateforme a ses propres règles, et certaines suppriment les données après une longue inactivité si personne ne réclame le compte.
L’erreur la plus fréquente
Beaucoup de familles se concentrent sur les réseaux sociaux et oublient les abonnements payants prélevés automatiquement. Résultat : des mois de prélèvements inutiles sur un compte bancaire parfois déjà bloqué, ce qui complique encore la succession.
Qui peut gérer les comptes numériques d’un défunt ?
En principe, ce sont les héritiers qui ont la légitimité pour agir, munis d’un acte de décès et parfois d’un acte de notoriété, même si l’on sait rarement précisément qui doit régler les factures laissées après un décès. Certaines plateformes acceptent qu’un simple proche signale le décès, d’autres exigent la preuve d’un lien de filiation direct. Si le défunt avait désigné un contact légataire ou rédigé des directives post-mortem, la démarche est nettement plus rapide : ces volontés du défunt priment sur les demandes ultérieures de la famille.
Les étapes pour gérer efficacement l’empreinte numérique

Inventorier les comptes et rassembler les justificatifs
La première étape consiste à faire l’inventaire numérique du défunt : relevés bancaires, boîte mail, applications installées sur son smartphone donnent souvent de bonnes pistes. Rassemblez en parallèle plusieurs exemplaires de l’acte de décès, indispensables pour chaque démarche auprès des plateformes.
Décider entre suppression, récupération ou commémoration
Pour chaque compte, trois options se présentent généralement : la suppression définitive, la récupération des données par les héritiers, ou la transformation en compte commémoratif quand l’option existe. Le choix dépend souvent de la sensibilité du contenu et des souhaits exprimés par le défunt de son vivant.
| Type de compte | Action recommandée |
|---|---|
| Facebook, Instagram | Compte commémoratif ou suppression |
| Boîte mail | Contact légataire ou demande officielle |
| Abonnements payants | Résiliation rapide, dès identification |
| Comptes bancaires | Signalement à la banque, blocage |
| Comptes administratifs | Vérification, mise à jour du dossier |
| Cloud et stockage | Récupération des données ou fermeture |
Cadre légal et droits des héritiers
La loi française encadre ce patrimoine numérique depuis la loi pour une République numérique, qui reconnaît aux héritiers un droit d’accès aux données du défunt, sauf volonté contraire exprimée de son vivant. La CNIL rappelle régulièrement que les données personnelles d’une personne décédée restent protégées, mais que les héritiers peuvent demander leur suppression ou leur mise à jour auprès des plateformes. En cas de refus d’une entreprise de coopérer, un recours auprès de la CNIL reste possible.
Comment anticiper sa propre succession numérique ?

La meilleure façon d’éviter ce casse-tête à ses proches, c’est de préparer soi-même son héritage digital. Rédiger un testament numérique listant les comptes principaux, désigner un contact légataire chez Google ou Facebook, et confier ses mots de passe essentiels à une personne de confiance simplifie énormément les choses. Quelques minutes aujourd’hui évitent des semaines de démarches administratives à ceux qui restent.



