Vous remboursez chaque mois l’emprunt de la maison ou de l’appartement, alors que le bien appartient aussi à votre ex-conjoint, votre frère ou un autre indivisaire qui ne participe plus aux mensualités. Cette situation, fréquente après une séparation ou un divorce (retrouvez notre article dédié si vous payez seul le crédit immobilier pendant un divorce), n’est pas sans issue. Le droit reconnaît à celui qui paie seul une créance contre les autres indivisaires, calculable et récupérable, à condition de bien la construire.
Indivision et crédit immobilier : cadre légal et obligations des co-emprunteurs
Quand plusieurs personnes achètent un bien ensemble, elles deviennent indivisaires : chacune détient une quote-part du bien, généralement proportionnelle à son apport ou à ce qui a été convenu à l’achat. Si le crédit a été signé par les deux, la banque considère les co-emprunteurs comme solidaires : elle peut réclamer la totalité des mensualités à l’un ou à l’autre, sans se soucier de la répartition interne entre eux. C’est la solidarité bancaire, et elle joue en faveur de la banque, pas en faveur de celui qui paie seul.
Principe de solidarité entre co-emprunteurs
Cette solidarité signifie qu’en cas d’impayé, la banque poursuivra indifféremment l’un ou l’autre emprunteur pour l’intégralité de la dette, même si celui-ci ne détient qu’une part minime du bien. Elle ne prend pas parti sur qui doit payer quoi entre les indivisaires : c’est une question qui se règle entre eux, séparément du contrat de prêt.
Lien entre quote-part de propriété et part de financement
La quote-part inscrite à l’acte notarié ne correspond pas toujours à la réalité des paiements. Deux indivisaires à 50/50 sur le papier peuvent voir l’un financer 100 % des mensualités pendant des mois, voire des années. C’est précisément cet écart entre propriété théorique et financement réel qui fonde le droit à remboursement.
Vos droits quand vous payez seul le crédit immobilier en indivision
Le Code civil pose un principe simple : l’indivisaire qui engage des dépenses pour conserver le bien indivis, dont le remboursement du prêt fait partie, a droit à une indemnisation lors du partage. C’est ce qu’on appelle la créance d’indivision. Elle vous permet de récupérer, au moment de la vente ou du partage, la part des mensualités qui aurait dû être payée par l’autre indivisaire au regard de sa quote-part.
La créance d’indivision : ce que vous pouvez récupérer
Concrètement, si vous détenez chacun 50 % du bien mais que vous payez seul l’intégralité des échéances, vous pouvez réclamer à l’autre indivisaire la moitié de ce que vous avez versé, en principe augmentée des intérêts au taux légal depuis chaque paiement jusqu’au remboursement effectif. Cette créance ne s’efface pas avec le temps du couple ou de l’entente familiale : elle se règle lors du partage, ou avant si un accord amiable intervient.
Calcul des sommes dues : capital, intérêts, assurance
La base de calcul inclut le capital remboursé, les intérêts d’emprunt versés à la banque et les cotisations d’assurance emprunteur payées durant la période concernée. Prenons un exemple : sur 24 mois, vous avez payé 900 € de mensualité, soit 21 600 € au total. Si l’autre indivisaire détient 50 % du bien, sa part théorique s’élève à 10 800 €, que vous pouvez lui réclamer au moment du partage, sous réserve des intérêts éventuellement ajoutés.
| Élément | Montant sur 24 mois | Part due par le co-indivisaire (50 %) |
|---|---|---|
| Capital + intérêts remboursés | 20 000 € | 10 000 € |
| Assurance emprunteur | 1 600 € | 800 € |
| Total | 21 600 € | 10 800 € |
Constituer les preuves de vos paiements

Sans preuve, pas de créance reconnue. Il faut réunir les relevés bancaires mensuels montrant les prélèvements du crédit, l’échéancier du prêt fourni par la banque, et si possible les avis d’assurance emprunteur. Conservez également toute correspondance avec l’autre indivisaire évoquant le paiement du crédit, un email ou un SMS peut avoir une valeur probatoire devant un juge ou un notaire.
L’erreur à ne pas commettre
Attendre la vente du bien pour rassembler les preuves de paiement. Les relevés bancaires anciens deviennent difficiles à obtenir après plusieurs années, et un compte clôturé complique l’accès aux archives. Constituez ce dossier au fil de l’eau, mois après mois.
Solutions amiables pour obtenir le remboursement
Avant toute procédure, une discussion directe avec l’autre indivisaire reste la voie la plus rapide. Vous pouvez formaliser l’accord par une reconnaissance de dette, document signé par les deux parties qui acte le montant dû et un échéancier de remboursement. Ce document, même simple, sécurise votre position en cas de désaccord ultérieur et peut être enregistré auprès d’un notaire pour plus de force probante.
Si la discussion reste bloquée, l’envoi d’une mise en demeure par lettre recommandée constitue souvent l’étape suivante. Elle formalise votre demande de remboursement, fixe un délai de réponse et prépare le terrain à une éventuelle action judiciaire si elle reste sans effet.
Recours judiciaire : action en partage et saisie du juge
Quand l’amiable échoue, l’action en partage devant le tribunal judiciaire permet de faire trancher la répartition des biens indivis et de faire reconnaître votre créance. Le juge peut ordonner le partage judiciaire du bien, fixer les sommes dues par chaque indivisaire et, si nécessaire, ordonner la vente du bien pour permettre le règlement des comptes entre les parties.
Procédure et délais réalistes
Cette procédure passe généralement par un notaire désigné pour établir l’état liquidatif, avant intervention du juge en cas de désaccord persistant, un peu comme lors d’un litige portant sur les conséquences du refus d’approbation des comptes en copropriété. Comptez plusieurs mois, parfois plus d’un an selon la complexité du dossier et le niveau de conflit entre les parties. Un avocat spécialisé en droit patrimonial reste vivement conseillé dès que les sommes en jeu deviennent significatives ou que la relation avec l’autre indivisaire est très dégradée.
Conséquences lors de la vente ou du rachat de parts

Au moment de la vente du bien, le notaire établit les comptes d’indivision et impute directement votre créance sur le prix de vente avant répartition entre les indivisaires. Si l’un des indivisaires souhaite racheter la part de l’autre plutôt que vendre, le rachat de parts doit également intégrer cette créance dans le calcul du prix (elle vient en déduction de ce que le repreneur doit verser, sans oublier de prévoir les frais de notaire pour un rachat de part en indivision).
Dans un contexte de divorce ou de séparation, le régime matrimonial peut influencer ces calculs, notamment si le bien a été acquis avant le mariage sous un régime séparatiste. Un notaire saura articuler les règles de l’indivision avec celles du régime matrimonial applicable.
Prévenir les conflits : convention d’indivision et sécurisation
Pour éviter ce type de litige, la convention d’indivision permet de fixer par écrit, dès l’achat ou en cours d’indivision, les modalités de paiement du crédit et les compensations prévues en cas de déséquilibre entre indivisaires. Ce document, rédigé avec un notaire, peut prévoir une clause de remboursement automatique des sommes avancées, sans attendre le partage final. C’est l’outil le plus efficace pour sécuriser une situation où l’un des indivisaires risque de porter seul le poids financier du crédit.





