Immobilier

Le crédit immobilier à taux fixe pourrait-il disparaître ? Ce que la remontée des taux change pour les emprunteurs

Couple assis face a un bureau avec un contrat

Vous avez signé un prêt à taux fixe, ou vous préparez un achat ? Ce mécanisme, que vous trouvez peut-être banal, est une exception française. Et il repose sur une dérogation qui arrive à échéance. Des règles bancaires venues d’Europe pourraient rendre ce type de crédit nettement plus coûteux à proposer, avec des effets directs sur les taux et sur l’accès à la propriété.

Le taux fixe va-t-il disparaître ? Réponse directe : menacé, pas encore supprimé

Non, le crédit immobilier à taux fixe ne disparaît pas demain. Rien n’est supprimé aujourd’hui, et la France bénéficie toujours d’une dérogation qui protège son modèle. Le danger tient à son terme : si elle n’est pas prolongée, la situation change d’ici 2032.

Il s’agit donc d’un scénario conditionné, pas d’une fatalité. La sénatrice LR de Paris Marie-Claire Carrère-Gée tire pourtant la sonnette d’alarme : « Si la France ne parvient pas à convaincre ses partenaires européens d’ici à 2032, nous nous orientons vers un véritable massacre de l’accès à la propriété. » L’échéance paraît lointaine, mais la bataille se jouera dès les prochains mois à Bruxelles.

Bâle III : pourquoi les banques françaises s’inquiètent

Les accords de Bâle (souvent regroupés sous le nom de Bâle III) sont nés de la crise financière de 2008. Leur but : mieux protéger le système bancaire international en renforçant sa solidité. Sur le principe, personne ne s’en plaint.

Le problème vient de leur application au crédit immobilier tel que la France le pratique. Ces règles imposent aux banques de doubler les fonds propres qu’elles mettent en réserve en face de chaque prêt immobilier. Pour les banques françaises, cela change l’équation de rentabilité d’un produit qui représente le cœur de leur activité auprès des particuliers.

Le surcoût pour les banques et ses effets sur les taux et l’offre de crédit

Pile de billets et calculatrice sur un bureau

François Lefebvre, directeur général délégué de la Fédération bancaire française, donne un ordre de grandeur parlant : « Sur un crédit à 300.000 euros, par exemple, nous mettons de côté 3 600 euros. Demain ce serait 7 200 euros. » Chaque dossier immobilisé coûterait donc deux fois plus de capital à l’établissement.

3 600 € contre 7 200 € : l’écart qui inquiète les banques

Pour un prêt de 300 000 euros, les fonds propres à mettre de côté passeraient de 3 600 à 7 200 euros. Cette hausse du coût pour la banque se répercute ensuite sur ce qu’elle propose à l’emprunteur.

Face à ce surcoût, les banques n’auraient que deux issues. Soit elles prêtent moins, ce qui réduit l’offre de crédit. Soit elles prêtent plus cher, ce qui se traduit par des hausses de taux d’intérêt. Dans les deux cas, les futurs acheteurs trinquent, en particulier ceux dont le dossier est déjà juste.

Le raisonnement vaut aussi pour la remontée des taux au sens large : si le coût du crédit augmente pour des raisons réglementaires, il s’ajoute à ce que le marché impose déjà. Les ménages pourraient alors voir leur budget immobilier se contracter, à revenus constants.

Taux fixe contre taux variable : ce qui changerait pour les emprunteurs

Avec un taux fixe, la mensualité reste identique du premier au dernier jour du prêt. Vous savez exactement ce que vous remboursez, quoi qu’il arrive sur les marchés. Avec un taux variable, le taux évolue selon un indice de référence, et la mensualité (ou la durée) peut bouger avec lui.

Le risque soulevé par les banques est précisément celui d’une bascule. Pour limiter leur surcoût, elles multiplieraient les crédits à taux variable, plus faciles à gérer pour elles puisqu’elles transfèrent une partie de l’incertitude à l’emprunteur. Pour un ménage, cela signifie perdre une visibilité sur laquelle repose tout le plan de financement.

Ce changement toucherait aussi la durée d’emprunt. Quand le crédit devient plus lourd à porter pour la banque, les longues durées sont les premières à pâtir. Moins de marge de manœuvre sur la durée, c’est des mensualités plus élevées ou un projet revu à la baisse.

Ce qui fait la spécificité du modèle français

Le système français se distingue sur trois points. D’abord, les prêts à taux fixe sont ultra-majoritaires : ils représentent 99 % du marché. Ensuite, les durées sont longues, bien au-delà de 20 ans pour beaucoup de dossiers.

Enfin, l’évaluation du risque s’appuie davantage sur la capacité de remboursement des ménages que sur la valeur du bien acheté. Autrement dit, la banque regarde vos revenus, vos charges et votre stabilité avant de regarder la maison ou l’appartement. C’est ce modèle, très protecteur pour les emprunteurs, que la proposition de résolution de la sénatrice cherche à préserver.

Dérogation, échéance de 2032 et ce qui se joue à Bruxelles

Une elue tient une chemise devant un drapeau europeen

Marie-Claire Carrère-Gée vient de déposer une proposition de résolution. Son objectif : alerter le gouvernement sur la nécessité de pérenniser la dérogation dont bénéficie la France, qui arrive à terme dans cinq ans. Une résolution n’a pas de valeur contraignante, mais elle met le sujet sur la table politique.

La suite se décidera au niveau européen. Il faudra convaincre les partenaires de la France que son modèle de crédit, fondé sur le taux fixe et l’analyse de la solvabilité, mérite un traitement spécifique. Tant que cette dérogation n’est pas prolongée, l’incertitude demeure, et elle peut peser sur les anticipations des banques bien avant 2032.

Ce que vous pouvez anticiper en tant qu’emprunteur

Inutile de paniquer : aucun changement ne s’applique à un prêt déjà signé à taux fixe. Son taux et ses mensualités restent ceux du contrat. Pour un projet à venir, quelques réflexes permettent de garder la main sans prendre de décision précipitée.

  • Comparer plusieurs offres de crédit, en regardant le TAEG plutôt que le seul taux nominal, car il intègre les frais et donne le vrai coût du crédit.
  • Suivre l’évolution des taux de crédit et Livret A ainsi que des conditions d’octroi dans les mois qui viennent.
  • Vérifier si l’offre est à taux fixe ou variable, et ce que cela implique sur la durée.

Ces repères ne remplacent pas l’avis d’un professionnel, qui pourra analyser votre situation personnelle. Ils aident surtout à poser les bonnes questions à votre banquier ou à votre courtier, et à ne pas être surpris si l’offre évolue.

Le taux fixe reste donc la règle en France aujourd’hui. Son avenir dépendra de la capacité des autorités françaises à défendre leur dérogation d’ici 2032. D’ici là, mieux vaut suivre le dossier de près si vous envisagez d’acheter.

Thimeo écrit sur la finance et l'immobilier pour Affaires & Futur. Curieux de comprendre comment fonctionne l'argent et comment se construit un patrimoine, il rend accessibles les sujets qui font souvent peur : crédit, fiscalité, investissement locatif.

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