Vous avez divorcé, vous vous êtes remarié, vous avez changé de vie. Votre contrat d’assurance-vie, lui, est resté exactement comme au jour de la signature. Le jour de votre décès, l’assureur ne regardera ni votre livret de famille ni votre histoire sentimentale. Il ouvrira le contrat et lira une seule chose : la clause bénéficiaire.
Votre clause bénéficiaire décide qui touche le capital, même après un remariage
Voici la réponse directe : le divorce ne met pas fin à une assurance-vie, et il ne réécrit pas automatiquement la clause bénéficiaire. Le capital décès est versé à la personne que le contrat désigne au moment du décès, selon les mots que vous avez employés. Votre situation familiale actuelle compte beaucoup moins que ce texte.
Le contrat reste donc en vigueur, avec ses bénéficiaires d’origine, tant que le souscripteur n’a rien fait. Et le capital est versé hors succession, selon des règles propres à l’assurance-vie. Pour les pièges côté succession, lisez erreurs d’héritier à éviter après décès. Votre notaire n’aura pas son mot à dire sur la répartition de ce capital, sauf cas d’abus (primes manifestement exagérées par rapport à votre patrimoine et à votre âge).
Tout dépend de la manière dont votre ex-conjoint figure dans le texte. Ce tableau résume les situations les plus courantes.
| Rédaction de la clause | Situation après divorce et remariage |
|---|---|
| « Mon conjoint » | Le conjoint s’apprécie en principe au jour du décès : c’est donc plutôt le nouveau conjoint qui est visé, pas l’ex. |
| Nom et prénom de l’ex-conjoint | La désignation reste valable tant que vous ne l’avez pas modifiée : l’ex peut encore toucher le capital. |
| « Mes enfants, vivants ou représentés » | Le divorce ne change rien : les enfants (communs ou non) restent bénéficiaires, à parts égales. |
Que devient une clause qui désigne votre ex-conjoint après le divorce ?
C’est le point qui surprend le plus. Quand la clause cite l’ex-conjoint par son nom, sa désignation reste en principe valable après le divorce, sauf si vous avez prévu le contraire. Le seul fait d’avoir divorcé ne suffit pas pour l’écarter. Des décisions de justice ont déjà donné raison à des ex-époux face à des familles stupéfaites.
La formule « mon conjoint » se comporte autrement. Elle vise la personne qui a cette qualité à votre décès. Après un divorce, l’ex n’est plus conjoint, donc il ne peut pas se prévaloir de cette formule. Mais une clause rédigée avec un simple « conjoint » suppose que vous soyez marié au moment du décès : sans remariage, elle ne désigne personne, et le capital passe au bénéficiaire de rang suivant, ou à défaut à votre succession.
Une précision : le jugement de divorce ou la convention homologuée peut mentionner le sort des avantages consentis entre époux. Relisez-le, notamment s’il parle de prestation compensatoire ou d’une renonciation. Dans le doute, faites vérifier le dossier par un avocat ou un notaire, car la jurisprudence évolue et chaque cas dépend de la rédaction exacte.
Le nouveau conjoint n’a aucun droit automatique sur le contrat

Beaucoup pensent que le remariage « remet les compteurs à zéro ». C’est faux. Votre nouveau conjoint n’acquiert aucun droit sur votre assurance-vie du seul fait de l’union. Il n’est bénéficiaire que si la clause le désigne, nommément ou par la formule « mon conjoint » interprétée au jour du décès.
Le cas du partenaire pacsé ou du concubin est encore plus piégeux. Le mot « conjoint » ne les couvre pas : ils ne touchent rien sans désignation précise de leur nom. Et même marié, votre nouveau conjoint pourrait voir le capital partir ailleurs si une clause nominative visant votre ex ou un tiers est restée en place.
À l’inverse, si vous voulez protéger votre nouveau conjoint, ne comptez pas sur le régime matrimonial ou sur un testament pour compenser. L’assurance-vie fonctionne en parallèle de la succession. Seule la clause compte vraiment, ce qui en fait un outil puissant, mais aussi un risque quand elle est périmée.
Modifier la clause : démarche, délais et cas de la clause acceptée
Bonne nouvelle : en principe, vous pouvez changer la clause à tout moment, sans délai ni justification, tant que le contrat est en cours. La révocation de la clause bénéficiaire et la désignation d’un nouveau bénéficiaire se font directement auprès de l’assureur.
- Relisez la clause actuelle, en demandant une copie du contrat ou de l’avenant à l’assureur si vous ne l’avez plus.
- Repérez la formulation : « mon conjoint », un nom, des enfants, un ordre de bénéficiaires.
- Rédigez la nouvelle clause avec précision : identité complète, date de naissance, ordre de priorité.
- Envoyez votre demande par écrit, de préférence en lettre recommandée, ou utilisez l’avenant proposé par l’assureur.
- Conservez l’accusé de réception et vérifiez que l’assureur confirme la modification.
Un cas bloque pourtant cette liberté : la clause acceptée. Si votre ex-conjoint (ou tout autre bénéficiaire) a accepté le bénéfice du contrat, il devient bénéficiaire acceptant. Vous ne pouvez alors plus le retirer sans son accord, et certains actes, comme un rachat ou une avance, exigent aussi sa signature. L’acceptation se fait par avenant signé de tous, ou par un acte écrit notifié à l’assureur.
Clause acceptée : le point à vérifier avant toute démarche
Avant de modifier quoi que ce soit, demandez à l’assureur si un bénéficiaire a accepté le contrat. Si c’est le cas, une lettre de révocation envoyée seule n’aura aucun effet. Il faudra obtenir l’accord signé de la personne concernée, ou se faire conseiller par un avocat.
Autre précaution : informer ou non le bénéficiaire. Rien ne vous y oblige, et l’assureur ne préviendra personne avant votre décès. En revanche, évitez de faire signer à quelqu’un un document d’acceptation sans mesurer ses conséquences, car il verrouille le contrat.
Enfants communs et rédaction de la clause : les pièges à éviter
Les enfants communs compliquent souvent la situation, dans les deux sens. Une clause standard du type « mon conjoint, à défaut mes enfants nés ou à naître, vivants ou représentés, à défaut mes héritiers » protège a priori tout le monde. Mais dans une famille recomposée, elle peut produire des résultats que vous n’aviez pas imaginés : tout va au nouveau conjoint, et les enfants du premier lit attendent le décès de celui-ci, voire ne touchent rien.
À l’inverse, une clause qui ne vise que « mes enfants » exclut totalement le nouveau conjoint. Si vous avez des enfants issus de plusieurs unions, la clause les traite de façon identique, ce qui ne correspond pas toujours à votre volonté. Une clause personnalisée permet de fixer des parts, de prévoir un démembrement (usufruit pour le conjoint, nue-propriété pour les enfants) ou de désigner un bénéficiaire de substitution.
L’expression « vivants ou représentés » mérite aussi votre attention. Elle signifie que si un enfant est décédé avant vous, ses propres enfants recueillent sa part. Sans cette mention, la part d’un enfant prédécédé peut simplement revenir aux autres bénéficiaires. Chaque mot compte, et une rédaction trop vague ouvre la porte aux litiges.
Le bon réflexe cette semaine

Retrouvez vos contrats d’assurance-vie, y compris les plus anciens, et relisez chaque clause bénéficiaire. Si un nom ou une formule ne correspond plus à votre vie, envoyez votre demande de modification à l’assureur par écrit. Si vous êtes en pleine procédure de divorce, par exemple après une ordonnance de non-conciliation, ou si la clause a été acceptée, mieux vaut demander l’avis d’un notaire ou d’un avocat avant d’agir. Un médiateur familial peut aussi aider quand la répartition entre enfants d’unions différentes crée des tensions.
Ces règles ont des nuances, et la jurisprudence tranche parfois différemment selon les termes exacts du contrat. Prenez dix minutes pour relire votre clause : c’est le moyen le plus sûr que l’argent aille à la personne que vous avez réellement choisie.






