Un parent décède, la maison familiale reste vide, et les factures continuent d’arriver (voir ces 6 factures qui peuvent continuer à tomber après un décès). Taxe foncière, eau, électricité : personne ne sait vraiment qui doit régler quoi tant que la succession n’est pas réglée. Cette période d’attente, parfois longue de plusieurs mois, voire de plusieurs années, met souvent les héritiers dans l’embarras.
La réponse tient en une phrase : tant que le partage n’a pas eu lieu, les héritiers sont en indivision et chacun doit contribuer aux charges à hauteur de sa quote-part dans la succession. Ce principe, simple sur le papier, cache des subtilités qu’il vaut mieux connaître avant que la situation ne dégénère entre membres d’une même famille.
Qui paie les charges d’une maison en indivision successorale ?
Dès l’ouverture de la succession, tous les biens du défunt appartiennent collectivement aux héritiers, sous le régime de l’indivision. Cela signifie que la maison n’appartient à personne en particulier, mais à tous les indivisaires ensemble, chacun selon ses droits successoraux. Cette situation dure jusqu’au partage définitif, qui peut intervenir rapidement ou traîner en longueur selon la complexité du dossier.
Le principe de répartition proportionnelle aux droits
La règle posée par le code civil est claire : chaque indivisaire supporte les charges de l’indivision à proportion de ses droits dans la succession. Prenons un exemple concret : trois enfants héritent à parts égales de la maison de leurs parents, chacun pour un tiers. Si la taxe foncière s’élève à 1 500 euros annuels, chaque héritier doit théoriquement en assumer 500 euros. Même logique pour les factures d’eau ou d’électricité si le bien reste alimenté durant la vacance successorale.
Solidarité des héritiers face aux créanciers
Attention toutefois à une nuance qui change beaucoup de choses en pratique. Vis-à-vis des créanciers extérieurs, comme le Trésor public ou le fournisseur d’énergie, les héritiers peuvent être tenus solidairement du paiement, même si en interne la répartition se fait selon les quotes-parts. Concrètement, un créancier peut réclamer la totalité d’une facture à un seul héritier, à charge pour ce dernier de se retourner ensuite vers les autres pour obtenir le remboursement de leur part.
Taxe foncière : qui est redevable en cas de succession ?
La taxe foncière suit une règle particulière liée à sa date d’établissement. Elle est due par la personne propriétaire du bien au 1er janvier de l’année d’imposition. Si le défunt est décédé après cette date, c’est bien la succession, donc les héritiers indivis, qui restent redevables pour l’année entière, même si le décès est survenu quelques semaines plus tard.
L’avis d’imposition arrive généralement au nom du défunt, ce qui surprend souvent les familles. Il convient alors de signaler le décès au service des impôts fonciers dont dépend le bien immobilier, afin que les avis suivants soient adressés correctement, en général au nom de la succession ou d’un représentant désigné parmi les héritiers.
Exonérations possibles de taxe foncière
Certaines situations ouvrent droit à un allègement. Si le défunt bénéficiait d’une exonération liée à l’âge ou aux ressources, celle-ci ne se transmet pas automatiquement aux héritiers. En revanche, si la maison reste totalement vacante et inoccupée pendant une durée continue de plus de trois mois, une demande de dégrèvement partiel de la taxe foncière peut être déposée auprès de l’administration fiscale, sous certaines conditions liées à l’impossibilité d’occuper ou de louer le logement.
Le réflexe à ne pas oublier
Prévenez rapidement le centre des finances publiques et les fournisseurs d’énergie du décès. Un simple appel ou courrier évite que les factures continuent à courir au nom d’une personne décédée, ce qui complique ensuite le règlement de la succession et le remboursement entre héritiers.
Eau, électricité et charges courantes : qui règle les factures ?

Les charges courantes suivent la même logique que la taxe foncière : elles sont réparties entre les indivisaires selon leur quote-part. En pratique, il est fréquent qu’un seul héritier, souvent celui qui habite à proximité ou qui gère les démarches administratives, avance les sommes dues pour l’eau, l’électricité ou l’assurance habitation. Il conserve alors les justificatifs pour se faire rembourser lors du partage final, en déduisant ces avances de sa part successorale ou en demandant un remboursement direct aux autres indivisaires.
Il est souvent plus simple de résilier les contrats d’énergie non indispensables, comme le gaz ou une option de confort, tout en maintenant un contrat minimal d’électricité pour éviter le gel des canalisations en hiver ou permettre les visites nécessaires à la vente. Cette gestion pragmatique limite les dépenses inutiles pendant toute la durée du règlement de succession.
Cas particulier : l’héritier qui occupe la maison
Certaines successions se compliquent quand un héritier continue d’habiter la maison familiale, parfois parce qu’il y vivait déjà avec le défunt, une situation détaillée dans notre article sur l’héritier qui occupe seul et gratuitement la maison familiale. Dans ce cas, il doit en principe une indemnité d’occupation aux autres indivisaires, calculée sur la valeur locative du bien, en contrepartie de la jouissance exclusive qu’il en tire. Cette indemnité vient s’ajouter au débat sur les charges, puisque l’occupant assume généralement les factures courantes liées à son usage quotidien du logement.
Les autres héritiers peuvent exiger le versement de cette indemnité dès lors que l’occupation prive l’indivision d’un revenu potentiel, par exemple si le bien aurait pu être loué. Un accord amiable entre indivisaires reste toujours préférable pour fixer un montant raisonnable et éviter un contentieux devant le juge.
Comment gérer ces dépenses en pratique ?

Pour éviter les tensions, plusieurs familles choisissent d’ouvrir un compte bancaire dédié à la succession, alimenté par les indivisaires au prorata de leurs droits, afin de régler les factures courantes sans avance personnelle. Le notaire chargé du règlement de succession peut également centraliser certains paiements, notamment lorsque des liquidités du défunt sont disponibles sur ses comptes bloqués pendant la procédure.
Voici les points à vérifier rapidement après un décès pour limiter les mauvaises surprises :
- Informer le service de la taxe foncière et demander le transfert de l’avis au nom de la succession
- Contacter les fournisseurs d’eau et d’électricité pour ajuster ou résilier les contrats non nécessaires
- Conserver toutes les factures payées pour justifier un remboursement lors du partage
- Discuter avec le notaire de la possibilité d’utiliser les fonds de la succession pour régler les charges courantes
Plus le partage tarde, plus les charges s’accumulent et plus les risques de désaccord grandissent entre indivisaires, notamment lorsque un héritier veut vendre la maison familiale alors que les autres refusent. Régler ces questions dès les premiers mois, avec une répartition claire et des justificatifs bien tenus, évite bien des conflits au moment de la clôture définitive de la succession.




