Le père ou la mère décède, et le conjoint survivant, après avoir pu bénéficier du droit temporaire d’un an dans le logement familial, choisit de garder la maison familiale en usufruit. Pour les enfants, cela veut dire une chose simple : ils héritent, mais ils ne peuvent presque rien faire du bien tant que le parent survivant est en vie.
Concrètement, les enfants deviennent nus-propriétaires. Ils possèdent la maison sur le papier, mais c’est le conjoint survivant, l’usufruitier, qui continue d’y habiter, de la louer si besoin, et d’en tirer tous les revenus, une situation qui rappelle le cas où un héritier occupe seul et gratuitement la maison familiale. Ce mécanisme s’appelle le démembrement de propriété : la propriété se divise en deux droits distincts, l’usufruit d’un côté, la nue-propriété de l’autre, et chacun a ses règles propres.
Usufruit vs nue-propriété : comprendre le démembrement de propriété
L’usufruitier a le droit d’utiliser le bien et d’en percevoir les fruits : il y vit, ou il le loue et garde les loyers. Le nu-propriétaire, lui, détient la valeur du bien mais ne peut ni l’occuper ni en tirer profit tant que l’usufruit existe. C’est une répartition classique en matière de succession, surtout quand le couple souhaite protéger le conjoint survivant tout en préparant la transmission aux enfants communs.
La loi prévoit qu’en présence d’enfants tous issus du couple, le conjoint survivant peut opter pour la totalité des biens existants en usufruit, ou pour un quart de la succession en pleine propriété. Ce choix a des conséquences très différentes pour les enfants, on y revient plus loin.
Ce qui change concrètement pour les enfants quand le parent survivant garde l’usufruit de la maison
Droits bloqués jusqu’au décès du parent usufruitier
Les enfants sont propriétaires, mais leur droit reste théorique. Ils ne perçoivent aucun loyer, ne peuvent pas s’installer dans la maison, et n’ont aucune prise sur les décisions du quotidien liées au bien. Cette situation peut durer des décennies si le conjoint survivant est jeune au moment du décès : l’usufruit s’éteint uniquement à la mort de l’usufruitier, jamais avant, sauf renonciation volontaire de sa part.
Pendant toute cette période, c’est aussi le conjoint survivant qui assume les charges courantes, dont la taxe foncière, tandis que les grosses réparations restent en principe à la charge des nus-propriétaires. Ce partage des charges surprend souvent les familles qui ne l’ont pas anticipé.
Impossibilité de vendre ou louer sans l’accord du conjoint survivant
Un enfant nu-propriétaire ne peut pas vendre sa part seul, et le conjoint survivant ne peut pas non plus vendre la pleine propriété sans l’accord des nus-propriétaires. La vente d’un bien en usufruit démembré exige donc l’accord des deux parties, une situation proche du désaccord entre héritiers sur la vente de la maison, ou alors une vente séparée de l’usufruit et de la nue-propriété, ce qui reste rare en pratique.
Cette règle protège les enfants contre une vente unilatérale, mais elle bloque aussi toute initiative si l’un des enfants a besoin de liquidités rapidement. Sans accord des nus-propriétaires et de l’usufruitier réunis, rien ne bouge sur le bien.
L’erreur fréquente sur la vente
Beaucoup pensent qu’être nu-propriétaire majoritaire suffit pour décider seul. C’est faux : l’accord de l’usufruitier reste obligatoire pour toute vente de la pleine propriété, quelle que soit la répartition des parts entre enfants.
Comment sont calculés les droits de succession des enfants nus-propriétaires

Coté fiscal, la situation est plutôt favorable aux enfants. Les droits de succession ne se calculent pas sur la valeur totale du bien, mais uniquement sur la valeur de la nue-propriété, qui dépend de l’âge de l’usufruitier au jour du décès. Plus le conjoint survivant est jeune, plus la valeur de la nue-propriété est faible, et donc plus les droits à payer par les enfants sont réduits.
Ce calcul repose sur un barème fiscal fixé par l’article 669 du Code général des impôts :
| Âge de l’usufruitier | Valeur usufruit | Valeur nue-propriété |
|---|---|---|
| Moins de 51 ans | 50 % | 50 % |
| De 61 à 70 ans | 40 % | 60 % |
| De 71 à 80 ans | 30 % | 70 % |
| Plus de 91 ans | 10 % | 90 % |
Exemple : une maison estimée à 300 000 euros, avec un conjoint survivant de 68 ans. La nue-propriété vaut 60 % de cette valeur, soit 180 000 euros. C’est sur cette somme, répartie entre les enfants et diminuée de l’abattement personnel de chacun, que les droits de succession sont calculés, et non sur les 300 000 euros de valeur totale.
Usufruit total ou quart en pleine propriété : quel impact pour les enfants ?
Le conjoint survivant peut opter pour l’usufruit de la totalité de la succession, ou pour l’option du quart en pleine propriété combiné aux trois quarts en nue-propriété directement aux enfants. Ces deux scénarios n’ont rien à voir du point de vue des enfants.
Avec l’usufruit total, les enfants n’ont aucun bien disponible tout de suite, mais leur charge fiscale immédiate reste allégée grâce au barème vu plus haut. Avec le quart en pleine propriété, les enfants récupèrent immédiatement les trois quarts du bien en pleine propriété sur la part qui leur revient directement, ce qui leur donne une vraie marge de manœuvre, au prix d’une base taxable généralement plus élevée dès la succession.
| Critère | Usufruit total au conjoint | Quart en pleine propriété |
|---|---|---|
| Jouissance immédiate | Aucune pour les enfants | Partielle, sur la part reçue |
| Vente possible seul | Non | Oui sur sa fraction |
| Droits payés à la succession | Réduits (assiette sur nue-propriété) | Plus élevés (pleine propriété taxée) |
Le choix dépend souvent du régime matrimonial du couple et d’une éventuelle donation au dernier vivant, qui peut élargir les options offertes au conjoint survivant au-delà du cadre légal minimal.
Extinction de l’usufruit : quand et comment les enfants récupèrent la pleine propriété

L’extinction de l’usufruit intervient au décès du conjoint survivant, ou plus rarement par renonciation anticipée de sa part. À ce moment-là, la réunion de l’usufruit et de la nue-propriété se fait automatiquement, sans nouvel acte de succession ni nouveaux droits à payer sur cette réunion. Les enfants deviennent alors pleinement propriétaires du bien, libres de le vendre, de le louer ou de l’occuper.
C’est l’un des avantages fiscaux majeurs de ce mécanisme : contrairement à une seconde succession classique, la réunion de l’usufruit ne génère aucune taxation supplémentaire. Les enfants avaient déjà payé leurs droits sur la nue-propriété au moment du premier décès, et cette seconde étape est gratuite fiscalement, ce qui explique pourquoi tant de familles choisissent cette organisation malgré le blocage temporaire qu’elle impose.





