Votre rideau est arraché, les rayons sont vides, et une seule question compte : qui va payer ? Après les violences du 17 octobre, beaucoup de commerçants découvrent que leur contrat ne dit pas tout ce qu’ils croyaient. Certains seront indemnisés vite, d’autres se heurteront à une exclusion de garantie.
Voici l’ordre dans lequel les choses se passent, les clauses qui peuvent bloquer un dossier, et ce que vous pouvez faire si l’assureur dit non.
Qui paie en premier : votre assurance multirisque
Le premier interlocuteur reste votre assureur. Une assurance multirisque professionnelle couvre en principe le vol avec effraction, le vandalisme et les dégâts sur la vitrine, le stock et le matériel. Beaucoup de contrats y ajoutent une garantie émeutes et mouvements populaires, parfois en option, parfois incluse dans le socle.
Ce qui sera réellement remboursé dépend de trois paramètres de votre contrat. La franchise reste à votre charge. Le mode d’indemnisation compte aussi : valeur à neuf pour le matériel récent, valeur d’usage pour le plus ancien. Enfin, les plafonds par poste (marchandises, caisse, vitrines) limitent parfois le montant versé, surtout pour les espèces.
La perte d’exploitation mérite un regard attentif. Si elle est souscrite, elle compense la baisse de chiffre d’affaires pendant la fermeture. Elle suppose en général un dommage matériel garanti. Si le pillage n’est pas couvert, cette garantie ne jouera pas non plus.
Les exclusions qui peuvent faire refuser l’indemnisation
C’est ici que les dossiers se compliquent. La clause émeutes figure dans certains contrats sous forme d’exclusion ou de limitation, notamment pour les mouvements populaires ou les actes de pillage. Relisez les conditions générales et particulières, pas seulement le résumé commercial.
Le second motif de refus est la négligence grave. Beaucoup de contrats exigent des moyens de protection précis pour garantir le vol : rideau métallique baissé, serrure multipoints, alarme en service, caisse vidée le soir. Si ces moyens n’étaient pas en place ou pas activés, l’assureur peut invoquer la négligence ou le non-respect d’une clause de prévention.
D’autres motifs reviennent souvent :
- un défaut de déclaration ou une déclaration tardive du sinistre ;
- un local inoccupé ou fermé depuis longtemps ;
- une activité ou des marchandises non mentionnées au contrat ;
- un inventaire des pertes impossible à justifier.
Un refus n’est pas toujours définitif. En droit des assurances, une exclusion doit être formelle et limitée, et la jurisprudence, y compris celle de la Cour de cassation, l’interprète de façon stricte. Si la clause est floue, noyée dans le contrat ou mal appliquée à votre situation, elle se discute.
Refus pour négligence grave : le réflexe à avoir
Demandez le refus par écrit, avec la clause exacte invoquée. Comparez-la à ce qui s’est réellement passé (rideau baissé ou non, alarme activée ou non). L’assureur doit prouver que l’exclusion s’applique, ce n’est pas à vous de démontrer le contraire.
Quand l’État prend le relais (article L.211-10)

Si l’assurance ne couvre rien ou couvre mal, l’indemnisation subsidiaire de l’État peut entrer en jeu. L’article L.211-10, souvent cité à tort avec le Code des assurances alors qu’il figure au Code de la sécurité intérieure, prévoit que l’État est civilement responsable des dégâts causés par des attroupements ou rassemblements commis à force ouverte ou par violence.
En pratique, ce régime sert de filet de sécurité : il vise les dommages que l’assurance ne prend pas en charge. Les assureurs qui ont indemnisé leurs clients peuvent aussi se retourner contre l’État. Le contentieux est technique : il faut établir que les dégâts proviennent bien d’un rassemblement, et non d’un acte isolé. Les décisions des tribunaux fixent les contours exacts de ce régime.
Pour la démarche, rapprochez-vous de la préfecture de votre département, qui connaît les modalités de réclamation. Gardez toute la correspondance avec l’assureur, car le refus écrit sert de pièce centrale dans une demande à l’État. Les procédures et les délais peuvent évoluer : consultez les textes officiels avant d’agir.
Les démarches à faire pour être indemnisé
La rapidité compte dès les premières heures. Le tableau ci-dessous résume les étapes principales. Les délais indiqués sont des repères courants : seul votre contrat fait foi.
| Étape | Ce qu’il faut faire | Repère de délai |
|---|---|---|
| Sécuriser | Protéger le local, photographier avant tout nettoyage | Immédiat |
| Dépôt de plainte | Plainte au commissariat, récépissé conservé | Le plus tôt possible |
| Déclaration de sinistre | Courrier recommandé ou espace en ligne à l’assureur | Souvent 5 jours ouvrés, parfois 2 pour le vol |
| Constat de dégâts | Photos, vidéos, éventuellement constat de commissaire de justice | Avant les réparations |
| Inventaire des pertes | Liste chiffrée avec factures, bons de livraison, relevés de stock | Selon la demande de l’assureur |
Le délai de déclaration est le piège le plus fréquent. Le Code des assurances encadre les délais minimaux, mais votre contrat peut prévoir une durée précise. Dans le doute, déclarez dès le lendemain, même avec un dossier incomplet, puis complétez-le.
Ensuite, l’expert de l’assureur passe souvent sur place. Ne jetez rien avant son passage, gardez les débris et les emballages. Contestez par écrit toute évaluation qui vous semble sous-estimée.
Les aides de l’État et le chômage partiel après le 17 octobre
Après les violences, le gouvernement a annoncé la prise en charge du chômage partiel à 100 % pour les commerces pillés, à partir du mardi suivant. Cette mesure vise à protéger les salaires pendant la fermeture. Elle peut être précisée ou modifiée : vérifiez les conditions d’accès auprès de la DREETS ou sur les sites officiels de l’administration.
D’autres aides peuvent s’ajouter, comme des reports de charges ou des soutiens ciblés. Elles ne remplacent pas l’indemnisation de l’assureur : elles servent à tenir la trésorerie en attendant.
Recours contre les auteurs et reprise d’activité

Si des auteurs sont identifiés, la constitution de partie civile permet de réclamer réparation dans le cadre de la procédure pénale. Votre assureur peut aussi agir contre eux après vous avoir indemnisé. Ce recours est lent et incertain, car les auteurs sont rarement solvables : ne comptez pas dessus pour financer la reprise, et méfiez-vous des fausses cagnottes après le pillage Micromania.
Côté local, le bail commercial continue de courir. Prévenez votre bailleur par écrit, vérifiez qui doit réparer les parties structurelles (vitrine, façade, rideau) et ne suspendez pas le loyer sans accord ou conseil juridique. Une rupture unilatérale de paiement expose à une clause résolutoire.
Ce qu’il faut retenir : déclarez vite, documentez tout, exigez un refus motivé par écrit, puis envisagez le relais de l’État. Ces règles et ces annonces gouvernementales peuvent évoluer, donc appuyez-vous sur les textes officiels et, si le dossier est lourd, sur une association de commerçants ou un conseil spécialisé.






