Le virement n’arrive plus, les relances restent sans réponse et le loyer, lui, tombe toujours à la même date. Quand une pension alimentaire n’est plus versée, beaucoup de parents se retrouvent seuls face à un budget qui déraille. Ce qu’ils ignorent souvent, c’est qu’un organisme public peut intervenir sans attendre un procès.
Oui, un organisme public peut prendre le relais : la réponse en bref
Si votre ex-conjoint ne verse plus la pension alimentaire, la caisse d’allocations familiales (CAF) ou la MSA peut agir de deux façons. Elle peut vous verser l’Allocation de soutien familial (ASF) pour compenser le manque à gagner. Elle peut aussi se charger de récupérer l’argent auprès du débiteur défaillant, via l’ARIPA, l’Agence de recouvrement et d’intermédiation des pensions alimentaires, qui est un service rattaché aux caisses.
Ces aides sont accordées sous conditions, mais elles ne sont pas réservées aux situations extrêmes. Un impayé de deux mois peut déjà ouvrir des droits. Dans les deux cas, vous n’avez pas à affronter seul(e) un ex qui ne répond plus.
Les conditions pour que la CAF ou l’ARIPA intervienne
Les critères sont assez précis et vous pouvez les vérifier vous-même avant de lancer quoi que ce soit. Voici la checklist à parcourir :
- La pension est fixée par une décision de justice, un jugement de divorce, une convention homologuée par le juge aux affaires familiales, ou un autre document ayant valeur de titre exécutoire.
- Vous avez au moins un enfant à charge, mineur ou jeune en études dans certaines limites d’âge.
- L’impayé est constaté : la pension n’est pas versée du tout, ou seulement en partie, depuis deux mois consécutifs ou plus.
- Vous résidez en France avec l’enfant et vous élevez celui-ci seul(e), sans vivre en couple.
Un point souvent mal compris : le non-paiement partiel compte aussi. Si votre ex verse 100 euros au lieu de 250, la CAF peut compléter la différence. Pour l’ASF, une pension fixée uniquement à l’oral ou jamais formalisée ne suffit pas toujours, mais d’autres cas d’ouverture existent, par exemple quand le parent est introuvable ou n’a jamais reconnu l’enfant. Votre caisse indiquera votre situation exacte.
Pension jamais écrite noir sur blanc : le point de blocage
Sans décision de justice ni convention valide, la caisse n’a rien à recouvrer. Si vous vous êtes arrangés à l’amiable, faites officialiser l’accord (homologation par le juge ou convention donnant force exécutoire) avant de déposer votre demande.
Intermédiation financière et Allocation de soutien familial : deux dispositifs à distinguer

Les deux mécanismes sont souvent confondus, alors qu’ils n’ont pas le même rôle. L’intermédiation financière fait passer la pension par l’ARIPA : l’organisme la collecte auprès du débiteur, puis vous la reverse. Dès qu’un retard apparaît, l’agence peut réagir sans que vous ayez à engager de procédure. L’ASF, elle, est une prestation qui vous est versée chaque mois pour l’enfant.
| Dispositif | Ce qu’il fait | Pour qui |
|---|---|---|
| Intermédiation financière (ARIPA) | Collecte la pension auprès du débiteur et la reverse au parent créancier, avec recouvrement en cas de retard | Parents avec une pension fixée par décision de justice ou titre exécutoire |
| Allocation de soutien familial | Verse une aide mensuelle par enfant, en complément ou à la place de la pension | Parents isolés dont l’ex ne paie pas, paie partiellement ou est introuvable |
Les deux peuvent se combiner. Quand la CAF vous verse l’ASF au titre d’une pension impayée, elle peut ensuite réclamer le montant au débiteur, ce qui s’appelle l’ASF recouvrable. Le montant de l’allocation est revalorisé chaque année, généralement en avril. Vérifiez le chiffre en vigueur sur le site de votre caisse ou sur Service-Public avant de faire vos calculs.
Les démarches à faire, dans le bon ordre
Commencez par rassembler vos documents : le jugement ou la convention, votre livret de famille, les justificatifs de domicile et, si vous en avez, les relevés prouvant que la pension n’est plus versée. Cette preuve de l’impayé accélère l’instruction du dossier.
Ensuite, déposez une demande d’aide au recouvrement des pensions alimentaires auprès de votre CAF ou de votre MSA, depuis votre espace en ligne ou au guichet. Le service est gratuit. Dans le même dossier, demandez l’ASF si vous remplissez les critères, pour ne pas attendre que l’agence ait récupéré l’argent.
L’ARIPA se charge alors de contacter le débiteur. Elle peut utiliser les procédures de recouvrement forcé : saisie sur salaire, prélèvement sur compte bancaire, voire demande aux organismes qui versent des revenus à l’ex-conjoint. Vous n’avez pas à choisir la méthode.
Gardez une trace de tout : courriers, virements partiels, messages. Si votre situation change (remise en couple, déménagement, enfant qui devient autonome), signalez-le à la caisse. Cela évite un indu à rembourser plus tard.
Si l’impayé persiste : les autres recours

Quand l’aide publique ne suffit pas, la voie judiciaire reste ouverte. Un commissaire de justice peut lancer une procédure de recouvrement en s’appuyant sur votre titre exécutoire : saisie sur salaire, saisie des comptes ou des biens. Le paiement direct entre les mains de l’employeur est une option efficace quand le débiteur est salarié. Vous pouvez recourir à cette voie en parallèle de la demande à la CAF.
Le non-paiement volontaire pendant plus de deux mois constitue aussi un délit d’abandon de famille. Il est puni de deux ans d’emprisonnement et de 15 000 euros d’amende. Un dépôt de plainte n’est pas un préalable obligatoire à l’aide de la CAF, mais il peut peser dans le rapport de force.
Enfin, si le montant de la pension ne correspond plus à la réalité (perte d’emploi du débiteur, hausse de vos charges), le juge aux affaires familiales peut la réviser. Un ex-conjoint en difficulté sincère doit demander cette révision, pas cesser de payer.
Deux mois d’impayé : le bon moment pour bouger
N’attendez pas que la dette atteigne plusieurs milliers d’euros. Plus la demande est précoce, plus le recouvrement a de chances d’aboutir et plus vous limitez les semaines sans ressources.
Au bout du compte, un parent dont l’ex ne paie plus n’est pas condamné à l’attente. La CAF et l’ARIPA existent précisément pour cela, à condition de présenter les bons documents et de lancer la demande sans traîner.






