Courses, toilette, rendez-vous médicaux, nuits écourtées : si vous accompagnez un parent malade à son domicile, vous avez probablement déjà réduit vos horaires ou posé des jours de congé. Ce que beaucoup ignorent, c’est qu’une indemnité existe pour compenser en partie cette perte de revenus. Elle n’a rien d’automatique, mais elle se demande, et elle est souvent oubliée.
L’allocation journalière du proche aidant (AJPA) : l’indemnité peu connue
L’allocation journalière du proche aidant (AJPA) est la réponse directe à votre situation. Elle est versée par la CAF (ou la MSA si vous relevez du régime agricole) lorsque vous arrêtez de travailler, ou réduisez votre activité, pour aider un proche en situation de handicap ou de perte d’autonomie. Elle prend la suite du congé de proche aidant, qui lui-même n’est pas rémunéré par l’employeur.
Le principe est simple : vous touchez une somme pour chaque jour où vous êtes en congé de proche aidant. Le montant journalier se situe aujourd’hui autour de 65 à 80 € selon que vous vivez en couple ou seul, et il est revalorisé régulièrement. Vérifiez le barème en vigueur auprès de votre caisse avant de faire vos calculs.
Le plafond est de 66 jours sur l’ensemble de votre carrière, par personne aidée. Ces jours peuvent être pris en fractionné, voire en demi-journées, et vous pouvez les étaler sur plusieurs mois. L’AJPA ne remplace donc pas un salaire sur la durée : c’est un coup de pouce pour les périodes les plus lourdes.
66 jours : le compteur à surveiller
Ce plafond s’applique sur toute votre vie professionnelle pour un même proche. Mieux vaut le garder pour les moments où l’aide devient vraiment intense (sortie d’hôpital, aggravation de la maladie) que de l’user dès les premiers mois.
Qui peut la toucher : les conditions à vérifier
Trois éléments sont examinés : votre situation, celle de la personne aidée et le lien qui vous unit. Prenez le temps de les passer en revue avant de déposer un dossier, car un refus fait perdre des semaines.
Votre situation professionnelle
L’AJPA concerne les salariés, les indépendants, les agents publics et les demandeurs d’emploi. Il faut interrompre totalement votre activité ou la réduire, et cet arrêt doit être déclaré dans le cadre d’un congé de proche aidant (ou d’une démarche équivalente pour les non-salariés). Vous ne pouvez pas la percevoir en continuant à travailler à temps plein.
L’état de la personne aidée
Le proche doit présenter un handicap ou une perte d’autonomie d’une particulière gravité. La caisse regarde en général un taux d’incapacité d’au moins 80 %, ou un classement en GIR 1 à 3 pour la dépendance. Un certificat médical et, selon les cas, la décision de la MDPH ou du conseil départemental servent de preuves.
Votre lien avec lui
Le lien de parenté est large : conjoint, parent, enfant, frère ou sœur, mais aussi collatéraux jusqu’au quatrième degré. Une personne non apparentée peut aussi être reconnue si elle entretient avec la personne aidée des liens étroits et stables. Vous n’avez pas besoin de vivre sous le même toit, même si la proximité facilite le dossier.
Être rémunéré par la PCH ou l’APA pour l’aide apportée

L’AJPA n’est pas la seule piste. Deux aides départementales ou liées au handicap peuvent aussi financer votre présence, à condition qu’elles soient demandées pour le malade, et non pour vous. C’est souvent là que se trouve le malentendu : l’aidant n’est pas bénéficiaire, c’est la personne aidée qui ouvre le droit.
La prestation de compensation du handicap (PCH), accordée par la MDPH, comprend un volet aide humaine. Elle peut servir à dédommager un aidant familial, à un tarif horaire fixé par arrêté, avec une majoration possible si vous avez cessé ou réduit votre activité. Elle s’adresse surtout aux personnes dont le handicap est reconnu.
L’allocation personnalisée d’autonomie (APA) vise les personnes de 60 ans et plus en perte d’autonomie, classées en GIR 1 à 4. Versée par le conseil départemental, elle finance des heures d’aide à domicile, parfois assurées par un proche, sauf s’il s’agit du conjoint, du concubin ou du partenaire de PACS. Elle comporte aussi une enveloppe d’aide au répit pour que l’aidant souffle : accueil de jour, hébergement temporaire ou relais à domicile.
| Aide | Qui la perçoit | Où la demander | Pour quoi faire |
|---|---|---|---|
| AJPA | L’aidant | CAF ou MSA | Compenser des jours d’absence ou de réduction d’activité |
| PCH (aide humaine) | La personne aidée | MDPH | Dédommager un aidant familial ou payer une aide à domicile |
| APA | La personne aidée (60 ans et plus) | Conseil départemental | Financer l’aide à domicile, l’aide-ménagère et le répit |
Ces aides ne se superposent pas toujours. Selon les règles de chaque régime, le cumul de l’AJPA avec un dédommagement PCH ou avec certaines prestations (indemnités journalières, chômage) peut être limité ou exclu. Posez la question précisément à la caisse ou au département avant de signer quoi que ce soit.
Congé de proche aidant et droits liés à l’emploi
Le congé de proche aidant est la clé qui ouvre l’AJPA pour un salarié. Il dure trois mois, renouvelable, dans la limite d’un an sur l’ensemble de la carrière. Vous devez prévenir votre employeur par écrit en respectant un délai de préavis, qui peut être écourté en cas d’urgence ou de dégradation soudaine de l’état de la personne.
Pendant ce congé, votre contrat est suspendu, vous ne perdez pas votre poste et vous pouvez, avec l’accord de votre employeur, le transformer en temps partiel. Si l’état de votre proche s’aggrave en fin de vie, le congé de solidarité familiale prend le relais, avec une allocation spécifique d’accompagnement.
Côté retraite, certains aidants peuvent bénéficier de l’assurance vieillesse des aidants (AVA), qui valide des trimestres sans cotisation de votre part. Elle concerne surtout les personnes qui ne travaillent pas, ou peu, pour s’occuper d’un proche fortement dépendant. Si vous êtes demandeur d’emploi, signalez-le à votre conseiller : l’AJPA remplace alors une partie de vos allocations, elle ne s’y ajoute pas.
Démarches et interlocuteurs : CAF, MSA, département, CLIC

L’ordre dans lequel vous avancez compte. Pour l’AJPA, commencez par votre employeur (demande de congé), puis déposez votre dossier à la CAF ou à la MSA avec le justificatif de lien, le certificat médical et la décision de la MDPH ou de l’évaluation de dépendance. Les demandes déposées après le congé sont parfois traitées avec des conditions plus strictes : mieux vaut anticiper.
- Faire reconnaître le handicap ou la perte d’autonomie de votre proche (MDPH ou conseil départemental).
- Prévenir votre employeur et poser le congé de proche aidant, ou préparer votre déclaration si vous êtes indépendant.
- Déposer la demande d’AJPA auprès de la CAF ou de la MSA, avec tous les justificatifs.
- Demander en parallèle la PCH ou l’APA pour financer l’aide humaine et le répit.
Si vous vous sentez perdu dans ces démarches, le CLIC (centre local d’information et de coordination) de votre secteur est un excellent point d’entrée. Il informe gratuitement les personnes âgées et leurs proches, aide à monter les dossiers et oriente vers les services d’aide-ménagère ou de soins à domicile. Votre mairie ou votre centre communal d’action sociale peut aussi vous donner l’adresse du bon guichet.
Conservez une copie de chaque courrier et notez les dates de dépôt. Un dossier incomplet est la première cause de retard, et les caisses n’avertissent pas toujours de manière proactive. Quelques minutes de rigueur au départ peuvent vous éviter des mois d’attente, et vous permettre de toucher ce qui vous revient réellement.





