Vous pensez être à l’abri de tout dès le 1er novembre ? Pas tout à fait. Si vous avez des factures en retard, la trêve hivernale vous protège de la coupure, mais votre fournisseur garde une arme : faire ramener votre compteur à une puissance réduite. Et c’est désormais la méthode qu’il utilise le plus souvent.
Oui, votre puissance peut être réduite à 3 kVA pendant la trêve hivernale
La réponse tient en une phrase : la coupure d’électricité est interdite du 1er novembre au 31 mars, mais la réduction de puissance reste autorisée. Le fournisseur d’énergie peut demander que votre compteur Linky soit limité à 3 kVA si votre puissance souscrite est de 6 kVA ou plus. Si votre contrat est inférieur à 6 kVA, le plancher est de 2 kVA, selon la fiche d’Énergie-Info mise à jour le 20 février 2026.
Hors trêve, le plancher descend à 1 kVA. C’est ce chiffre que reprennent beaucoup de sites, mais il ne s’applique pas pendant l’hiver.
Concrètement, 3 kVA représentent 3 000 watts appelables en même temps. Dès que les appareils en marche dépassent ce seuil, le compteur disjoncte. Vous gardez de la lumière et un peu de chauffage, mais plus de quoi tout faire tourner à la fois.
3 000 W : le seuil où le compteur saute
Un four électrique à lui seul suffit à saturer un compteur bridé à 3 kVA. Ajoutez un radiateur ou une bouilloire et le disjoncteur coupe. Il faut alors éteindre des appareils avant de réarmer.
Ce que la trêve interdit : la coupure d’électricité, de gaz et de chaleur en résidence principale
Depuis la loi Brottes du 15 avril 2013, un fournisseur ne peut pas demander l’interruption de la fourniture d’une résidence principale pendant la trêve, même en cas d’impayé. La protection est automatique : aucune démarche, aucun justificatif, même si Enedis peut intervenir dans certains cas, détaillés dans interventions d’Enedis pendant la trêve. Elle couvre l’électricité, le gaz naturel et la chaleur en réseau.
Le gaz a une particularité : un compteur de gaz ne se bride pas, faute de dispositif technique. Pendant ces cinq mois, votre installation gaz ne peut donc ni être coupée ni être limitée.
| Interdit pendant la trêve | Toujours possible |
|---|---|
| Coupure d’électricité en résidence principale | Réduction de puissance à 3 kVA (ou 2 kVA sous 6 kVA) |
| Coupure de gaz naturel | Relances, frais et poursuite de la procédure de recouvrement |
| Coupure de chaleur en réseau | Coupure dès le 1er avril, sur préavis de 20 jours |
Pourquoi le bridage est devenu la règle : 948 000 contre 143 625

Les chiffres du médiateur national de l’énergie, publiés le 3 mars 2026, montrent un basculement. En 2025, les fournisseurs ont fait brider 948 000 compteurs, contre 143 625 coupures d’électricité. Cela fait près de sept bridages pour une coupure. Entre 2019 et 2025, les limitations de puissance ont été multipliées par 3,5.
Le compteur communicant explique en grande partie cette évolution. Le bridage se fait à distance, instantanément, alors qu’une coupure mobilise un technicien. Le contexte financier n’arrange rien : selon le baromètre d’Énergie-Info d’octobre 2025, 36 % des ménages disaient avoir du mal à payer leurs factures, contre 28 % un an plus tôt. Les coupures de gaz, elles, ont progressé de 4 %.
Ce qui n’est pas couvert : fioul, GPL, bois, résidence secondaire
La trêve est plus étroite qu’on ne le croit. Le fioul, le bois, les granulés et le propane en citerne ne passent par aucun réseau public. Un livreur peut donc refuser de livrer un client débiteur en plein mois de janvier.
Les résidences secondaires et les locaux professionnels sont également exclus : seule l’habitation principale est protégée. Enfin, la trêve ne joue pas si c’est vous qui résiliez votre contrat. Elle interdit la coupure pour impayé, pas la fin d’un contrat que vous avez vous-même demandée.
Chèque énergie : une protection contre le bridage, à condition de la transmettre
Les bénéficiaires du chèque énergie conservent toute leur puissance pendant la trêve, mais seulement s’ils ont envoyé leur attestation au fournisseur. La protection ne s’active pas d’elle-même. Le chèque 2026 va de 48 à 277 € selon le revenu fiscal de référence et la composition du foyer.
- Envoyez l’attestation jointe au chèque à votre fournisseur, par courriel ou depuis votre espace client.
- Gardez la preuve d’envoi : c’est ce document qui déclenche la protection.
- Signalez une aide du Fonds de solidarité pour le logement obtenue dans les douze derniers mois, qui ouvre les mêmes droits.
- Si le bridage a eu lieu malgré l’attestation, écrivez au service client en citant l’article L. 115-3 du code de l’action sociale et des familles. Après deux mois sans réponse, saisissez gratuitement le médiateur national de l’énergie.
Pour ces mêmes ménages, le décret du 24 février 2023 prévoit une protection supplémentaire hors trêve. Toute coupure doit être précédée de 60 jours d’alimentation maintenue à 1 kVA. Pendant cette période, le fournisseur doit les contacter au moins deux fois, une fois par écrit et une fois oralement, pour négocier un échéancier. Le dispositif vise les bénéficiaires du chèque énergie ou du FSL équipés d’un compteur communicant.
Ce que la trêve ne suspend pas : la dette, la procédure et le 1er avril

La trêve met la coupure en pause, pas la dette. Les factures impayées continuent de courir, les relances aussi, et la procédure suit son cours. Dès le 1er avril 2027, la coupure redevient possible, sur préavis de 20 jours.
Un impayé laissé en l’état pendant l’hiver arrive donc au printemps avec un montant plus lourd et un risque réel de coupure. Le répit de cinq mois ne règle rien : il laisse seulement du temps pour agir.
Que faire avant le 1er novembre pour limiter la dette et le bridage ?
Le levier le plus efficace reste le contact avec votre fournisseur avant que la procédure n’avance. Demandez un plan de paiement qui étale la dette sur plusieurs mois, et faites-le confirmer par écrit. Un échéancier respecté vous place dans une situation bien plus favorable qu’un silence.
Si vous recevez le chèque énergie, transmettez l’attestation sans attendre. Si vous avez bénéficié d’une aide du FSL, signalez-la. Ces deux démarches peuvent éviter le bridage pendant tout l’hiver.
Si le dialogue échoue, le médiateur national de l’énergie peut être saisi gratuitement, après deux mois sans réponse satisfaisante du service client. Et si votre compteur a déjà été bridé alors que vous remplissez les conditions de protection, gardez vos preuves et réclamez par écrit. Au total, la trêve vous protège de la coupure, pas de la dette, et c’est à vous de faire valoir vos droits.






