Un parc éolien à l’arrêt en plein vent, des panneaux solaires débranchés en plein soleil : la scène paraît absurde, mais elle se produit de plus en plus souvent en France. La raison n’a rien d’un caprice technique. Quand l’électricité devient trop abondante, RTE n’a pas d’autre choix que de couper une partie de la production renouvelable pour éviter que le réseau ne s’effondre.
Concrètement, RTE demande aux gestionnaires de parcs éoliens et solaires de réduire, voire d’interrompre, leur injection sur le réseau. Cet écrêtement intervient quand la production dépasse largement la consommation, souvent les jours ensoleillés et venteux du printemps ou de l’été, en milieu de journée, quand la demande industrielle et domestique est faible. En 2025, la France a déjà comptabilisé plus de 500 heures de prix négatifs sur les marchés de l’électricité, un signe direct de cette surproduction électrique chronique.
Pourquoi la France produit trop d’électricité : le contexte de la surproduction
Les capacités installées en éolien et solaire ont fortement progressé ces dernières années, portées par les objectifs climatiques nationaux. Cette montée en puissance des énergies renouvelables s’ajoute à une production nucléaire qui reste, elle aussi, difficile à moduler rapidement à la baisse. Résultat : certains jours, l’offre dépasse largement la demande réelle des consommateurs français et des pays voisins.
L’intermittence propre à l’éolien et au solaire complique encore la donne. Ces sources produisent selon la météo, pas selon les besoins du réseau. Quand le vent souffle fort un dimanche après-midi de printemps, alors que les usines tournent au ralenti et que le chauffage est coupé, l’électricité s’accumule sans trouver preneur.
Les prix négatifs de l’électricité : quand l’abondance devient un problème
Sur le marché de gros de l’électricité et du gaz naturel, un prix négatif signifie que les producteurs paient pour injecter leur électricité sur le réseau plutôt que d’être rémunérés. Cela arrive quand l’offre dépasse structurellement la demande à un instant donné. En 2025, la France a enregistré plusieurs centaines d’heures dans cette situation, un record qui illustre l’ampleur du phénomène.
Ces prix négatifs ne sont pas qu’une curiosité de marché. Ils pénalisent économiquement les producteurs, notamment les petits exploitants d’installations solaires ou éoliennes, et posent une question de fond : comment continuer à développer les énergies renouvelables si leur production perd toute valeur aux heures d’abondance ?
Le chiffre qui inquiète RTE
Plus de 500 heures de prix négatifs ont été recensées en 2025, contre une centaine seulement quelques années plus tôt. Cette hausse rapide traduit une saturation réseau de plus en plus fréquente lors des pics de production renouvelable.
Les risques pour le réseau électrique français : l’alerte de RTE

Un réseau électrique fonctionne sur un principe simple : l’offre et la demande doivent s’équilibrer en permanence, à chaque seconde. Cet équilibre offre-demande conditionne la fréquence du réseau, fixée à 50 Hz en Europe. Si trop d’électricité est injectée sans consommation correspondante, la fréquence dérive, ce qui peut endommager les équipements et, dans les cas extrêmes, provoquer un blackout en cascade.
RTE surveille ces déséquilibres en temps réel. Quand la marge de sécurité se réduit, l’opérateur doit agir vite. C’est là qu’interviennent les mesures d’urgence, dont l’écrêtement de la production éolienne et solaire fait partie. Le patron de RTE a lui-même alerté sur ce risque, évoquant la nécessité de mieux piloter le rythme de développement des renouvelables pour ne pas fragiliser davantage le système.
Comment RTE coupe la production éolienne et solaire : les mesures d’écrêtement
L’écrêtement fonctionne comme une soupape de sécurité. RTE envoie des consignes aux exploitants de parcs pour réduire leur injection sur le réseau, parfois de façon partielle, parfois en coupant totalement une installation pendant quelques heures. Cette modulation de production cible en priorité les zones où le réseau local est saturé, notamment certaines régions très équipées en éolien terrestre ou en solaire photovoltaïque.
Ce pilotage n’est pas nouveau dans son principe : les gestionnaires de réseau ont toujours dû ajuster la production pour préserver la stabilité du réseau. Ce qui change, c’est la fréquence de ces interventions, qui devient beaucoup plus régulière à mesure que les capacités installées en renouvelable augmentent sans que les usages consomment davantage en parallèle.
| Situation | Conséquence |
|---|---|
| Production supérieure à la demande | Prix négatifs sur le marché de gros |
| Déséquilibre persistant | Risque sur la fréquence du réseau |
| Menace sur la stabilité du réseau | Écrêtement de l’éolien et du solaire par RTE |
Les solutions pour gérer les surplus : stockage, flexibilité et pilotage

Couper la production n’est qu’un pansement, pas une réponse durable. Plusieurs pistes sont déjà à l’œuvre pour absorber les surplus autrement. Le stockage d’énergie, via des batteries à grande échelle ou des stations de pompage-turbinage, permet de capter l’électricité excédentaire pour la restituer plus tard, notamment lors des heures creuses ou en soirée quand la demande remonte (une piste déjà explorée par cette centrale solaire chinoise produisant de l’électricité sans batterie).
La flexibilité de la consommation constitue l’autre levier majeur. Il s’agit d’inciter les industriels, les data centers ou même les particuliers à décaler leur consommation vers les moments de forte production, par exemple en rechargeant les véhicules électriques en pleine journée plutôt qu’en soirée. Ce pilotage plus fin, combiné à un développement du stockage, doit permettre de réduire progressivement le recours aux mesures d’écrêtement, sans freiner pour autant la transition vers les énergies renouvelables.
À court terme, RTE devrait continuer d’ajuster ses interventions au fil des saisons, avec des pics attendus au printemps. La vraie question porte sur le rythme d’installation de nouvelles capacités solaires et éoliennes : sans accélération parallèle du stockage et de la flexibilité, ces coupures pourraient devenir un phénomène structurel plutôt qu’exceptionnel.



