Votre pension pourrait progresser moins vite que les prix en 2027. Et vous ne seriez pas seul : selon une simulation réalisée sur les copies du gouvernement, les retraités supporteraient la majeure partie de l’effort demandé aux ménages, un point déjà abordé dans notre article sur la contribution des retraités au budget. L’examen du projet de loi de finances (PLF) a repris ce lundi 19 octobre à l’Assemblée nationale, et ces chiffres arrivent en plein débat.
Les retraités, près de 60 % de l’effort selon les simulations
Le chiffre n’a rien d’officiel. Il vient de l’économiste Pierre Madec, rattaché à l’Institut français d’économie (IFE), qui a épluché les copies budgétaires présentées par Sébastien Lecornu le 1er octobre. Il a regardé à la fois le budget de l’État et celui de la Sécurité sociale, pour mesurer ce que chaque mesure retire aux ménages.
Son verdict : l’ensemble des mesures réduirait le revenu disponible des ménages de 8,7 milliards d’euros en 2027. Les retraités, eux, « supporteraient près de 60 % de l’effort (5,2 milliards d’euros) ». Autrement dit, sur chaque euro réclamé aux ménages, une part très largement supérieure à celle de leur poids dans la population viendrait de leurs pensions.
Comment l’estimation a été construite
L’économiste a retenu uniquement les mesures « touchant directement le revenu des ménages ». Il a ensuite mesuré leur effet sur le revenu disponible, c’est-à-dire l’argent qui reste pour consommer et épargner une fois les impôts directs payés (impôt sur le revenu, taxe d’habitation, CSG, etc.). Cette méthode laisse de côté les hausses de taxes indirectes ou les mesures visant les entreprises.
Sous-indexation et abattement de 10 % : les deux mesures qui les touchent
Deux leviers expliquent la facture des retraités. Le premier figure dans le projet de loi de financement de la Sécurité sociale (PLFSS) : la sous-indexation des pensions de retraite. Les pensions seraient revalorisées moins ffortement que l’inflation, ce qui grignote le pouvoir d’achat année après année (notre analyse de la revalorisation des retraites en janvier 2027 détaille les seuils).
Le second se trouve dans le budget de l’État : le plafonnement de l’abattement de 10 % sur les pensions, qui réduit la déduction dont bénéficient aujourd’hui les retraités au moment de calculer leur impôt. Les deux mesures cumulées donnent les 5,2 milliards d’euros attribués aux retraités. La sous-indexation, à elle seule, représente 4,1 milliards d’euros d’économies pour les finances publiques. Le solde, environ 1,1 milliard par simple différence, relèverait donc du plafonnement de l’abattement.
9,6 millions de ménages retraités concernés : qui perd, combien ?

Pour la seule sous-indexation, 9,6 millions de ménages retraités seraient touchés, avec « une perte moyenne de 430 euros par an ». C’est davantage que la moyenne observée pour l’ensemble des ménages perdants (390 euros par an), ce qui confirme la place à part des retraités dans cette copie.
Tous ne sont pas logés à la même enseigne. Les pensions modestes sont protégées par un seuil de revalorisation sur l’inflation, fixé à 1 260 euros par mois. À l’autre extrémité, les 5 % de retraités les plus aisés, peu dépendants de leur retraite de base de la Sécurité sociale, ne seraient concernés qu’à la marge. L’effort pèse donc surtout sur la zone intermédiaire.
430 euros par an : l’ordre de grandeur pour un ménage retraité touché
Ce montant correspond à la perte moyenne due à la sous-indexation, calculée sur les 9,6 millions de ménages concernés. Votre situation réelle dépend de votre niveau de pension, de votre position par rapport au seuil de 1 260 euros mensuels et de vos autres revenus.
Un effort plus large : 8,7 milliards d’euros pour l’ensemble des ménages
Les retraités ne sont pas les seuls visés. Le même travail de simulation intègre d’autres mesures qui rognent le revenu des foyers : le gel du point d’indice de la fonction publique, la non-revalorisation de la prime d’activité et des allocations familiales, le gel des aides au logement (APL) et le recentrage de l’allocation de rentrée scolaire (ARS).
Au total, trois ménages sur quatre seraient perdants. Pierre Madec le résume ainsi : « Trois ménages sur quatre (22,4 millions) seraient perdants, pour une perte moyenne de 390 euros par an ». Les actifs, les familles et les bénéficiaires d’aides sont donc eux aussi concernés, même si la part des retraités domine nettement le total.
| Mesure | Texte concerné | Ce que chiffre la simulation |
|---|---|---|
| Sous-indexation des pensions | PLFSS | 4,1 milliards d’euros, 9,6 millions de ménages, 430 euros par an en moyenne |
| Plafonnement de l’abattement de 10 % | Budget de l’État | Compris dans les 5,2 milliards d’euros des retraités |
| Total retraités | PLFSS et PLF | 5,2 milliards d’euros, près de 60 % de l’effort |
| Ensemble des mesures sur les ménages | PLF et PLFSS | 8,7 milliards d’euros, 22,4 millions de ménages perdants, 390 euros par an en moyenne |
Une estimation à lire avec prudence, dans un budget encore en débat

Ces résultats reposent sur les textes tels que le gouvernement les a déposés le 1er octobre. Or le PLF et le PLFSS sont encore en discussion au Parlement. Les députés peuvent modifier, adoucir ou supprimer certaines mesures, et les chiffres changeraient alors.
Il faut aussi garder en tête le périmètre choisi. La simulation ne mesure que l’effet des mesures touchant directement le revenu des ménages. Elle ne prétend pas retracer l’ensemble de l’effort budgétaire de l’année, ni les contributions demandées à d’autres acteurs. D’où des écarts avec d’autres chiffres qui circulent dans le débat public.
Pour vous, le réflexe est simple : suivre les amendements votés sur la revalorisation des pensions et sur l’abattement de 10 %, puis comparer votre pension au seuil de 1 260 euros par mois. C’est là que se joue, au final, la différence entre une perte limitée et une perte proche de la moyenne.






